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L'Hebdopolitique


Wauquiez : la tentation d’une droite

Deux mois après son élection, le chantier de reconstruction débute pour Laurent Wauquiez.

Sur les ruines d'un parti encore traumatisé par les échecs de 2017 puis par les départs de cadres, tout était à refaire. Samedi 27, le conseil national du mouvement devait donc acter les modifications voulues par le nouveau président. Validation du nouveau bureau politique (BP), de la commission nationale d’investiture (cni) avec Eric Ciotti à sa tête, création d’un « shadow cabinet » chargé de riposter à la politique du Gouvernement et d’installer le parti en première force d’opposition… Autant d’organes qui avec 150 sièges devraient permettre, selon l’expression chère à Nicolas Sarkozy, de « rassembler la famille »…  

 

Une image catastrophique dans l’opinion… Les défections de Xavier Bertrand ou d’Alain Juppé, pour ne citer qu’eux, avaient déjà contribué à mettre à mal l’image d’un parti en ordre de marche. La charge de Florence Portelli et Maël de Calan à l'encontre de Laurent Wauquiez n'a pas donné l’image d’un parti apaisé. S’estimant mis à l’écart des instances représentatives du parti, les deux anciens candidats à la présidence ont dénoncé la tentation hégémonique de Laurent Wauquiez, Florence Portelli estimant qu’il transformait LR en « premier parti stalinien de droite ». Autant d’anicroches dont le nouveau président se serait volontiers passé à l’heure où un sondage Odoxa révélait que si une majorité de Français le trouve dynamique, ils sont près de 6 sur 10 à le percevoir comme n’étant : ni « compétent » ni « honnête » ni « sympathique ». Une image dont il est grandement responsable…

 

La tentation de l’hégémonie. Laurent Wauquiez l’assume, il ne peut qui avoir qu’une seule droite. Il veut ainsi mettre fin aux courants de pensée différents qui existaient jadis au sein de l’UMP, au profit de la nouvelle doctrine qu’il essaye de construire. Le leader estime pouvoir ainsi mettre un terme aux guerres d’égo internes qui ont fait de nombreux dégâts.  Mais derrière cette volonté d’unification des tendances, se cache un objectif beaucoup plus terre à terre. Laurent Wauquiez prive ainsi ses éventuels opposants internes de moyens d’expression dans le parti et mais l’ensemble des moyens de la machine au service d’une seule ambition, la sienne… 

 

Élu sur des propositions chocs, Laurent Wauquiez continue à décliner sa vision d’une droite monocéphale. Privé d’angles d’attaques sur le plan économique, le patron des républicains est persuadé que la seule planche de salut pour la droite consiste en la reconquête de l’électorat désormais au FN. L’embryon d’axe idéologique de LR s’en ressent. Le leader des Rep’ estime que la droite est coupable d’avoir été silencieuse sur les questions de sécurité ou d’immigration, il justifie ainsi sa nouvelle stratégie agressive. De même, il refuse de laisser « le monopole de l’immigration au FN ». Dont acte, cependant, Nicolas Sarkozy, en tant que Président de la République n’a pas manqué d’aborder ces sujets. Pas plus que lors de sa campagne présidentielle de 2012, avec le succès que l’on sait, ou encore lorsqu’il est redevenu président de l’UMP… Il s’agit donc plus de changer l’angle de traitement que de sortir d’un silence imaginaire. Dans le cas présent, la volonté, plus ou moins affichée, est de se faire entendre de l’électorat FN, en proposant des solutions similaires, mais en offrant une expertise qui fait désormais défaut à Marine le Pen, toujours décrédibilisée par son débat présidentiel. Le pari est qu’en proposant les même solutions, mais avec une crédibilité que le FN n’a pas, les électeurs qui avaient pu choisir le parti d’extrême-droite reviendront « au bercail »…

 

Une nouvelle fracture est inévitable. En faisant ce choix, purement électoral, Laurent Wauquiez cherche à aspirer l’électorat FN. Mais l’effet de balancier pourrait le priver de toute une composante de son électorat traditionnel. Une plaie béante existe déjà entre pro-européen, à l’image de Valérie Pécresse ou de Maël de Calan, et les tenants d’une ligne plus eurosceptique, incarnée par Laurent Wauquiez. Or cette fracture, signe qu’il existe bien plusieurs droites, n’en déplaise au président de LR, semble s’accentuer de jour en jour. Si pour l’instant, Valérie Pécresse est bien décidée à rester à l’intérieur du mouvement afin d’y camper une opposition interne, tout en se posant déjà en candidate possible pour 2022, la rupture pourrait intervenir à tout moment. Avec une image calamiteuse dans l’opinion et un leadership qui reste à assoir, Laurent Wauquiez sait que son seul espoir de survie réside dans un éventuel échec d’Emmanuel Macron. S’il veut avoir une chance en 2022, il devra d’abord veiller à ce que Les Républicains n’explose pas entre temps…

 


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