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Editorial

Droit à l'erreur

Interviewé dans la soirée de mardi sur BFM TV, Randall Schwerdorffer est resté fidèle à lui-même : réaliste, audacieux, pertinent, incroyablement humain.
Pourtant, la tâche était très compliquée pour l'avocat de Jonathann Daval, dont le client venait d'avouer son effroyable forfait quelques heures plus tôt. 
Aussi, pour le célèbre pénaliste franc-comtois, intervenir dans ces conditions, en direct à 22h50, sans filet, face caméra, relevait d'un exercice d'équilibriste particulièrement périlleux dont seuls les ténors du barreau maîtrisent les rouages. 
En cela, Randall s'en est parfaitement bien tiré. Parvenant à faire prendre conscience au téléspectateur, que nul être humain n'est à l'abri de semblables agissements. Une réalité aussi dérangeante qu’implacable... 
Le pénaliste a débuté son oraison en s'interrogeant (légitimement) sur les nombreuses fuites qui, dès le début de la garde à vue, lundi matin, ont trouvé écho dans le Point puis dans Le Parisien. De là à en déduire que quelques "sources proches" ont délibérément outrepassé leur devoir de confidentialité afin de satisfaire l'appétit des requins-vautours du sensationnalisme... 
Ce qui n'enlève rien au remarquable travail réalisé par l'ensemble des enquêteurs. Lesquels sont parvenus à rassembler rapidement "des éléments accablants et confondants" pour permettre à l'enquête de déboucher sur l'issue que l'on connaît : les aveux d'un jeune homme effacé, en proie à une terrible souffrance, et qui bien qu'incarcéré, est aujourd'hui paradoxalement libéré d'un odieux mensonge qui le dépassait.
Le "tribunal internet", reflet de l'opinion publique, qui depuis mardi vomit sa haine via les réseaux sociaux, ferait bien de tremper sept fois sa plume dans sa propre conscience, avant de se ternir de propos outrageants, insultants ou diffamants, sans avoir réellement connaissance de l'ensemble des données du dossier.
Evidemment que rien ne justifie, ni n'explique et encore moins n'excuse d'en arriver à commettre l'irréparrable. Evidemment.
Mais la psychologie humaine est complexe. Il faut savoir se dépassionner pour cheminer progressivement vers une vérité qui parfois prend plusieurs visages. 
Il faut accepter de concevoir l'accumulation des disputes, le sentiment d'emprise, de domination, d'écrasement. Ce même (res)sentiment qui nourrit la révolte, un peu plus tous les jours. Tous les jours, jusqu'à celui où la goutte d'eau fait déborder le vase. 
Alors c'est le trop-plein, l'explosion, l'écran rouge, la spirale infernale, la conscience qui dramatiquement s'égare dans l’irréversibilité. Quelques secondes à peine. Mais il est déjà trop tard quand les yeux se rouvrent sur l'épouvantable réalité.
Vision d'horreur, impossibilité de faire machine arrière. Le temps se fige. Il ne se remonte jamais. Cruel sens unique. S'ensuivent la peur, la panique, la déraison. 
L'esprit encore embrumé, il prend la route avec un véhicule de société, pourtant géolocalisé. Il utilise un drap faisant partie du linge de la maison, qu'il laisse sur place... Comme quoi, il n'avait pas prévu et encore moins souhaité que tout ceci arrive.
Oui, on peut être "une belle personne" et pourtant, un jour pas comme un autre, subitement basculer dans l'horreur.
Chaque histoire, chaque parcours de vie, chaque personnalité sont différents. Il faut respecter cela, dignement, même si c'est difficile, intolérable, ou révoltant.
Et puis, que celui qui n'a jamais péché, jette la première pierre.
Maintenant, il ne reste plus qu'à comprendre. Comprendre pour passer à autre chose. Retrouver un cadre de vie (presque) normal. Assimiler le droit à l'erreur. 
Ce qu'avec sincère volonté de repentance et instauration du processus de résilience, les jours, les semaines et les années qui viennent, permettront...

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